En train, de Palermo a Catania

Fronton, Palerme © Helen Doyle 2018

Dans le train qui va de Palerme à Catane, les paysages défilent, toujours différents. Et je pense au printemps dernier où j ’ai échappé mon appareil photo sur le plancher de marbre d’un bel édifice historique : fini la photo!

Graffiti,Palerme © Helen Doyle 2018

Ma tablette « vieille » de dix ans était en train de rendre l’âme – en principe elle devrait être morte avec cette programmation d’une mort assurée après 3 ans ou 4 ans d’usage (ce qui a été vrai pour mon imprimante). Je me baladais avec un téléphone à clapet, un téléphone pas intelligent, il va sans dire, que j’ai depuis mon premier séjour en 2010 avec un numéro italien; il fait réagir à tous les coups, celui-là, et je me couvre presque de ridicule.

En train, départ de Palerme © Helen Doyle 2018

J’ai dû retrouver des réflexes anciens, celui du calepin de notes et celui des images qu’on fixe dans son cerveau… Je me suis rendu compte de la différence, de ma différence d’écoute, de ma manière d’absorber les choses. Je dis toujours qu’avec le temps, la crème se retrouve sur le dessus du lait; encore faut-il obtenir le lait. Il y a quelque chose de difficile à définir, quelque chose qui s’ajoute, une attention particulière libre de capter et d’enregistrer des choses, de les stocker dans sa mémoire sensorielle… Elle ne passe pas par tous ces outils : l’outil c’est soi-même et ça change quelque chose. C’est à cela que je pense dans le train, qui longe maintenant la mer.

En train, Palerme-Catane © Helen Doyle 2018

Cette année, j’ai décidé de me moderniser; ça va faire de passer pour un vieux croûton! Et je me retrouve dans une sorte de Babel. D’abord celle des langues; je jongle entre le français, avec les personnes de plus de 50 ans, et l’anglais, avec les jeunes, qui ont parfois l’accent très british; et il y a mon « baragouinage » italien et une petite touche de sicilien par ici et par là.

En train, Palerme-Catane © Helen Doyle 2018

Mais il y a aussi les E-mails italiens, des courriels du Québec, des messages sur Messenger, Facebook, LinkedIn, WhatsApp, qui réclament tout le temps, auxquels il faut ajouter Wetransfer, Skype et Twitter. Vient un moment, je ne sais plus qui appelle. Où sont les informations, de quoi, pourquoi, de qui, ne me laissant plus une minute de loisir pour juste jouir du silence et des paysages qui défilent.

En train, Palerme-Catane © Helen Doyle 2018

Ah, les chers 5W du journalisme,  pas si bête : What Who When Where, et surtout, WHY?

Qui, Quoi, Quand, Où, Comment, et Pourquoi… nous pouvons ajouter aussi Pour qui?

En train, Palerme-Catane © Helen Doyle 2018

J’aime laisser flotter en moi un paysage, un visage, des mots… Des gestes qui restent. Ils descendent et circulent en moi; ils se réfugient, restent pelotonnés au fond de moi et mûrissent. Puis, après un temps, certains tambourinent et demandent à sortir prendre l’air… à s‘exprimer à travers moi.

On voudrait être maître de la situation, mais ils nous mènent parfois par le bout du nez. Et si on ne fait pas attention, ils nous échappent comme un courant d’air… Mais si on prend garde, si on écoute cette petite voix qu’ils mettent au fond de nous, alors seulement il y a cette sorte de chose innommable qui nous dit qu’on est sur la bonne voie.

En train, au loin, l’Etna © Helen Doyle 2018

J’ai retracé une série de correspondances instantanées pour un rendez-vous entre quatre personnes : une chatte n’y retrouverait pas ses petits.

Deux coups de téléphone auraient suffi, à mon avis. Je me demande qu’est-ce que cela crée dans nos cerveaux, dans nos têtes. On peut avoir une sensation de pouvoir gérer quelque chose, d’avoir du pouvoir sur le temps, mais que de temps perdu! Je serais curieuse de refaire l’exercice du rendez-vous de quatre personnes ici : ça frise le ridicule!

En train, au loin, l’Etna © Helen Doyle 2018

Comment utiliser tous ces choses technologiques si utiles et comment ne pas se laisser envahir par cette impression de contrôler le temps. Dans la création, il y a ces moments incontrôlables qu’il faut laisser surgir; il ne faut pas être constamment distrait et rester attentif afin de saisir en marche… le rêve…

En train, au loin, l’Etna © Helen Doyle 2018

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« Si tu ne viens à pas à Palerme… »

En ce jour pluvieux de février 2018, mon arrivée à Palerme est aussi marquée par un vernissage à la Galerie Nuvole qui offre une rétrospective des artistes qui ont exposé dans ce lieu depuis 10 ans. Là aussi, différentes écritures me permettent d’apprécier une variété d’artistes palermitains.

Galerie Nuvole, Palerme © Helen Doyle 2018

Galerie Nuvole, Palerme © Helen Doyle 2018

Galerie Nuvole, Palerme © Helen Doyle 2018

Galerie Nuvole, Palerme © Helen Doyle 2018

Comme tout est dans tout, en fait, c’est aussi Patrizia, la fille de Letizia, qui m’a conseillé cette galerie; elle a aussi favorisé ma rencontre avec Raffaella de Pasquale qui règne avec une grande finesse sur ce petit royaume, tout petit mais charmant. Raffaella me montre une des photos de mon amie, de la série Les invisibles, celle de madame Rosa Parks.

Rosa Parks © Letizia Battaglia

Raffaella sait bien me conseiller les expos à voir, et malgré toutes mes occupations, les rendez-vous et la pluie qui ne cesse pas, j’arrive à en voir deux, captivantes et enrichissantes dans le quartier du vieux Palerme.

C’est ainsi que je me retrouve au Palazzo Belmonte Riso, situé en face de la petite piazza Bologna, que j’ai traversée en 2010 lors de ma première visite à Palerme justement pour y rencontrer Letizia. Elle m’avait dit : « Si tu ne viens à pas à Palerme, tu ne comprendras jamais ma photographie ». Et elle avait bien raison, Letizia, quand je vois la photo en couverture d’un de ses nombreux albums photos (publié chez Aperture), celle de Rosaria Schifani. (Voir l’article de Enki DouMes deux Siciles.)

Rosaria Schifani © Letizia Battaglia 1993

« Rosaria Schifani est la jeune veuve de l’agent Vito Schifani, assassiné le 23 mai 1982 par la Mafia sicilienne en même temps que le juge Giovanni Falcone, membre du « pool » antimafia de Palerme, son épouse et deux autres gardes du corps. »

Eh oui! au cœur de ce vieux Palerme, il y a des monuments incontournables d’une richesse inouïe et la grande pauvreté, avec ses blessures béantes offertes à la vie.

Une nuit à Palerme © Helen Doyle 2018

A mio padre – Padiglione Cristiano, Monreale, Palerme © Helen Doyle 2018

En 2010, le Palazzio Belmonte Riso – qui conjugue la magnificence du baroque et la rigueur néo-classique – résistait tristement à la décrépitude. J’avais eu la chance de me faire conseiller par mon amie Louise Desbrusse une jeune femme, Malika Akbi, qui m’avait servi de guide lors de mon premier passage à Palerme en 2010.

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Là c’est autre chose : au rez-de-chaussée, donnant sur la piazza, un sympathique café et, au premier étage, une très belle exposition qui combine art contemporain et régional.

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Mais c’est le dernier étage, avec ce choix de montrer ou d’intégrer la restauration, qui me charme et que je trouve brillantissime.

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

Palazzio Belmonte Riso © Helen Doyle 2018

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Sulle trace de… Letizia Battaglia

En avril 2017, mon séjour à Rome avait commencé par une visite au MAXXI pour y voir la grande rétrospective de Letizia Battaglia. Comme un clin d’œil, quatre photos de Pasolini – parmi les premières qu’elle a prises au début de sa carrière de journaliste à Milan en 1972 – ouvrent l’exposition, et une autre, encore de lui, la clôt. Le contraste marqué sur le visage de Pasolini nous rappelle qu’il a toujours été déchiré entre l’ombre et la lumière.

Exposition de Letizia Battaglia, MAXXI, Rome © Helen Doyle, avril 2017

Et me voilà à Palerme, en février 2018, cette fois, après une pluie battante.

Palermo sous la pluie © Helen Doyle 2018

Je me dirige vers le complexe culturel de la Zisa (Cantieri Culturali della Zisa), à deux pas de l’Institut français, un peu perdue dans le labyrinthe de cette ancienne zone industrielle.

Centro internazionale di fotografia, Palermo © Helen Doyle 2018

Je me retrouve après quelques hésitations à la porte du Centro internazionale di fotografia que Letizia a inauguré à l’automne 2017 avec une exposition autour des Migrants.

Je suis si heureuse de pouvoir enfin visiter ce lieu qui lui tient tant à cœur et de découvrir sa deuxième exposition Donne FotografanoFemmes photographiant les femmes.

Je suis heureuse de retrouver des femmes photographes qui ont marqué mon parcours de documentariste, avec Letizia, bien sûr, mais je retrouve aussi Susan Meiselas, Mary Ellen Mark et bien d’autres présentes dans ce vaste espace. Je reconnais bien là ma charmante amie à avec ces choix…

Et ce n’est pas fini : les yeux brillants, elle me propose de la suivre pour me montrer ce qu’elle appelle Segreto, une autre grande pièce où elle expose ses coups de cœur et ses découvertes… Voilà, l’œil de madame Battaglia est éclectique; et que de talents réunis ici!

Centro internazionale di fotografia, Palermo © Helen Doyle 2018

Une autre surprise m’attendait : sa délicieuse petite-fille Marta, «sa petite muse », comme l’appelle. Elles s’amusent à poser pour moi…

Letizia et Marta, Palermo © Helen Doyle 2018

(Je ne peux faire autrement que de penser au père de Marta, le violoncelliste Giovanni Sollima, qui nous a permis d’utiliser sa musique comme illustration sonore de mon vidéo L’artiste dans son for intérieur, à partir des oeuvres de Danielle Marie Chanut).

Letizia et Marta, Palermo © Helen Doyle 2018

Letizia me montre aussi un néon qu’elle a fait faire et qui trône comme un pied de nez à l’entrée de son bureau : Picchi idda? Cette expression en dialecte sicilien est presque intraduisible; mais selon notre amie Maria Cristina Delli Fiori, cela pourrait signifier : « Pourquoi elle? »

À suivre, tout ça… évidemment!

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Palerme, un dimanche de février…

Palerme, un dimanche de février

La pluie, les grêlons sur la vitre

Un son de pop-corn qui éclate

dans un poêlon chaud…

Pourquoi suis-je venue à

la célébration de la Sant’Agata, moi

qui ne suis pas croyante?

En fait, c’est un peu la faute à Yvette Olier, la délicieuse compagne d’Ernest Pignon-Ernest… J’ai rencontré Ernest et Yvette lors du tournage de mon film Les Messagers en 2002, auquel ce grand artiste avait accepté de participer.

Depuis 1966, Ernest Pignon-Ernest crée des images éphémères sur les murs des grandes villes et il est un des initiateurs de l’art urbain en France. Sensible aux injustices, il traite des thèmes comme les expulsés (Paris, 1979), et le sida (Soweto, 2002) ; et des grandes figures comme Rimbaud, Neruda et Pasolini.

En avril 2017, alors que je suis à Rome – où je reprenais ma quête amorcée en 2011 : Sur les traces je devrais dire en écho à Pasolini – j’ai reçu une invitation à une représentation d’un film sur Ernest Pignon-Ernest à la Villa Médicis… Je dois aussi raconter cette belle anecdote : quelques mois, auparavant alors que je pensais ressortir de mes classeurs ce projet de 2011, j’ai reçu un message de Philippe Lavalette, directeur photo pour Les Messagers. Lors d’une promenade dans le Trastevere, Philippe a croisé Ernest en train de coller son Pasolini près du cinéma de Nanni Moretti… Ernest et lui se sont reconnus et il m’envoyait une photo souvenir, prise par Manon Barbeau, collègue réalisatrice et compagne de Philippe.

Ernest et Philippe_Manon Barbeau_2017

Philippe Lavalette et Ernest Pignon-Ernest, Rome 2017 © Manon Barbeau

Dès les premiers jours de mon arrivée, ma première visite est pour Luciana Capitolo. J’ai fait sa connaissance il y a six ou sept ans, alors que je photographiais un plaque commémorative posée sur son immeuble au 45 de la Viale Giacinto Carini, où Pasolini a vécu de 1959 à 1963[i]. Professeur dans un lycée, Luciana venait de signer une plaquette réalisée avec deux autres professeurs et des étudiants, Pasolini a Monteverde – la luce è sempre uguale ad altra luce. Puis, elle m’invita à pénétrer dans l’immeuble où elle est, en quelque sorte, familière de l’environnement du cinéaste, puisque son appartement se retrouve coincé, si on peut dire, entre celui de Pasolini et l’appartement de la famille Bertolucci. Ce moment émouvant se renouvelle à chacune de mes visites.

Luciana Capitolo-Monteverde_HDoyle_avril 2017

Luciana Capitolo, Monteverde © Helen Doyle, avril 2017

Six ans après mon premier séjour, mon amie Luciana et moi allons saluer Silvio Parello, gardien passionné de l’histoire et conservateur des souvenirs.

Silvio Parello-Monteverde_HDoyle_avril 2017

Silvio Parello, Monteverde © Helen Doyle, avril 2017

Silvio peint toujours dans son minuscule studio de la rue Ozanam et consacre encore beaucoup de temps à garder vivante l’image de Pasolini. Les murs avoisinants sont devenus par ses soins un vrai lieu d’exposition. On y voit entre autres la reproduction photographique du dessin d’Ernest, et même, une photo de lui, enfant, avec Pasolini ; il se reconnaît comme le Pecetto dans le roman de Pasolini, un surnom qui lui viendrait de son père cordonnier/savetier.

Silvio Parello-Atelier-Monteverde_HDoyle_avril 2017

Atelier de Silvio Parello, Monteverde © Helen Doyle, avril 2017

En fait, Silvio sait tout de Pasolini à Monteverde et récite par cœur des textes, des poèmes ; il chante, même, alors qu’on se promène parmi les « gratte-ciels ».

Un autre moment étrange à mon arrivé à Rome, en avril 2017. J’ai fait la rencontre du cinéaste, écrivain et journaliste David Grieco ; à son tour il me raconte qu’une personne qui lui est très chère, Laurenza Mazetti, lui a téléphoné pour lui demander de passer rapidement la voir. Il s’inquiète de sa santé, elle le rassure ; mais elle insiste. Il se rend donc à Campo dei Fiori pour découvrir, sur le mur de la maison d’en face, le fameux dessin d’Ernest, que ce dernier a aussi apposé sur les murs de Matera, d’Ostie et de Naples : la double silhouette fantomatique et grandeur nature de l’artiste italien portant à bout de bras son propre corps sans vie – comme une Pietà.

Quelle force vitale s’échappe de ce dessin d’Ernest et que, malheureusement, la photographie ne restitue pas pleinement. Je viens de la voir et de la photographier à mon tour ; on me dit que ce serait la seule qui reste qui n’a pas été vandalisé à Rome.

Pasolini-Pieta_HDoyle-Rome-2018-02

Pasolini… Pietà © Helen Doyle, avril 2017

« Cette image se présente comme une interrogation face à la société actuelle, dont il annonçait le côté acculturé. Il semble ici demander “Qu’avez-vous fait de ma mort ?” »

« Nous avons cette faculté de traiter les grands mythes héroïques, bibliques, non plus comme des choses exceptionnelles qui mettent en jeu des héros, mais au contraire des choses vécues par les plus humbles, tout en y repérant ce qu’ils ont de sacré. » (E. Pignon-Ernest)

Quel plaisir j’ai eu de retrouver à la projection Ernest et Yvette, mon amie Luciana Capitolo et Silvio Parello, et de voir ce film magnifique Se torno (si je reviens), réalisé par les jeunes gens talentueux du collectif Sikozel, un étonnant et talentueux collectif de jeunes gens à qui je dis chapeau bas ! D’ailleurs, je ne suis pas la seule à saluer ce film.

SeTorno-Sikozel

Se torno (Si je reviens) – Bis

« Je paye un prix pour la vie que je mène.

Je suis comme quelqu’un qui va descendre aux enfers.

Mais quand je reviendrai,

si je reviens,

j’aurai vu d’autres choses,

tant d’autres choses,

plus loin que l’horizon. »

Ainsi s’exprimait Pasolini, quelques heures avant son assassinat.

Lorsque, je parle à Ernest et Yvette de ma démarche et de ma recherche d’Ali aux yeux d’azur, et des lucioles, Yvette me demande si j’ai vu cette fête, Sant’Agata à Catane… Et voilà comment des pistes, des rendez-vous s’inscrivent dans mon carnet de notes…

Une photo dont j’ignore l’auteur mais où Pasolini semble approuver. Le travail magnifique de ces jeunes gens de Sikozel (voir leur site) et tout le travail de diffusion qu’ils arrivent à faire. Voici Un message d’Amandine, l’une des membres du collectif.

« Pour ceux et celles qui voudrait une DVD ; il tourne dans plusieurs festivals et salles en ce moment, nous sommes ravis. Nous ne sommes malheureusement pas à Rome. Luca et moi vivons en région parisienne, le reste du collectif dans la région milanaise.

« Merci pour la publicité que vous nous faites au Québec ! On peut envoyer des DVD par la poste, en échange d’un virement à notre association. Si cela vous intéresse, nous vous enverrons les tarifs et notre RIB. »

Enfin, en novembre dernier, je tombe sur cet article d’Elisabetta Povoledo, du New York Times, qui parle de mes amis et de Monteverde : « Pasolini’s Rome: Not the City of His Movies, but of His Life »

PasoliniAuRestau

Pasolini (anonyme)

[i] Voir [http://www.centrostudipierpaolopasolinicasarsa.it/roma/6939/]

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Une sainte nocturne.

À Catane, la nuit tombe sur la grande cérémonie de la procession de Sant’Agata…

Catane, le reliquaire de sainte Agathe (anonyme)

Catane, sainte Agathe © Helen Doyle 2018

Catane, sainte Agathe © Helen Doyle 2018

Bain de foule, cierges dégoulinant, écran géant et des gens, nombreux, qui pointent leur téléphone ou leur appareil photo : jungle de petites lumières devant nous, et la pauvre sainte complètement noyée dans ce paysage de lumières électroniques…

Catane, sainte Agathe © Helen Doyle 2018

Catane, sainte Agathe © Helen Doyle 2018

Encore beaucoup de monde sur une place où nous avons trouvé d’autres préparatifs de cette célébration de trois jours et surtout trois nuits.

Catane, sainte Agathe © Helen Doyle 2018

Catane, sainte Agathe © Helen Doyle 2018

Oui, vraiment, une sainte très nocturne!

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De la promptitude à la « Trumpitude »

Reliquaire de SantAgatha
Catane, Reliquaire de SantAgatha © Helen Doyle 2018

Un jour de silence

Une semaine

Un mois

Un an…

Les jours passent.

Je me demande comment, reprendre, poursuivre ce blogue

dans cet océan d’images et de mots

dans la promptitude à twitter

et la « Trumpitude » des derniers mois

à la trompe-attitude?

Ça semble absurde.

Qui joue avec qui, avec quoi ?

Dans ce nouvel univers

tout bascule comme à l’époque de Gutenberg.

Un blogue comme un carnet de notes

Des repérages à partager

Des aventures de curiosité

qui nous entraînent quelques fois vers des sentiers

pas même imaginés

Laisser des traces

de riches moments

qui ne se retrouveront pas dans le film

s’il se fait

Des traces…

à partager…

Je me suis demandée,

dans ce tourbillon vertigineux,

que faire?

Puis j’ai décidé de reprendre

Et même de partager quelques notes de l’année dernière laissées en suspension.

Dans le temps… qui me rattrape

Je reprends la route avec des pistes et une quête qui se poursuit,

que j’avais commencé à relater ici.

Et je me suis dit :

Essayons encore… un bout de temps;

avec Tatoumemo

j’ai le temps de prendre le temps.

Et cela me convient plus

On verra…

Alors de Catane, me voilà en pleine préparation de la fête de Sainte-Agathe.

Catane, Fête de sainte-Agatha © Helen Doyle 2018

Catane, Fête de sainte-Agatha © Helen Doyle 2018

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La Ville Rose et ManifestO

La Ville Rose ! Bon, ça fait un peu cliché, mais elle est bien rose la ville de Toulouse[1]… comme le chante si bien Claude Nougaro.

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Toulouse 1 © Helen Doyle 2016

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Toulouse 2 © Helen Doyle 2016

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Toulouse 3 © Helen Doyle 2016

Tous les jours, je vais prende le métro place Claude Nougaro ou à la station du Canal du Midi  pour me rendre sur le site de l’événement ManifestO.

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Toulouse, le métro © Helen Doyle 2016

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

Et quelques fois, je descends une station de métro avant… ou après, juste pour me balader un peu. Et là sur une place…

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Toulouse, Nougaro© Helen Doyle 2016

…Nougaro, en personne, oserais-je dire!

Le premier vinyle que j’ai acheté à 12 ou 13 ans! Avec mon amie Monique, on était allées sur la rue Racine – la main chez le disquaire Marchand à Chicoutimi. C’était peut-être à cause du Jazz et de la Java, qu’il chantait sur la musique de Dave Brubeck.

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Toulouse 4 © Helen Doyle 2016

Mais aussi pour sa chanson Le cinéma

(…) Sur l’écran noir de mes nuits blanches
Où je me fais du cinéma,
Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois,
Je recommence la séquence
Où tu me tombes dans les bras…
Je tourne tous les soirs
Y compris le dimanche…
Parfois on sonne, j’ouvre, c’est toi…
Vais-je te prendre par les hanches
Comme sur l’écran de mes nuits blanches ?
Non, je te dis :  » Comment ça va ?  »
Et je t’emmène au cinéma.

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Toulouse, St-Sernin et l’ABC © Helen Doyle 2016

Évidemment, je ne savais pas qu’un jour je présenterais une «vue» sur l’écran de l’ABC, à l’ombre de de la basilique Saint-Sernin. Mais aussi, en même temps qu’un sérieux concurrent ce soir là, notre Xavier Dollan national! Ce qui n’a pas empêché d’avoir une belle salle et des spectateurs et spectatrices de ManifestO. Une «vue» – sans le romantisme de la chanson  qui laisse voir, Dans l’océan des images, celles réalisées par des artistes et des photographes qui montrent les tumultes du monde.

Oui, Nougaro encore, avec sa chanson Armstrong qui me rejoint, surtout avec tout ce qui se passe aux  USA en ce moment…

Noir et Blanc, en couleur

C’est une belle invitation que ManifestO m’a faite!

Et je me retrouve là, au soir de vernissage à la Galerie Photon.

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

Un rendez-vous de la photographie
Sur les berges de la Garonne,
Près du Château d’eau,
Un village de containers maritimes au coeur de Toulouse… que je découvre avec Jeanine , une Toulousaine avec qui je vais me balader sur la Garonne.

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

Avec bonheur, je retrouve l’invitée d’honneur de ManifestO – et présidente du jury de sélection 2016 – la très chère à mon coeur Letizia Battaglia, en compagnie du directeur artistique, dont la générosité n’est pas la moindre des qualités, Jacques Sierpinski.

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Letizia Battaglia et Jacques Sierpinski © Helen Doyle 2016

Malheureusement, le soir de l’ouverture du site sur le Cours Dillon, quelque minutes avant l’inauguration, il se met à pleuvoir à boire debout.

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

Quelle chance de revoir Letizia, elle qui ne s’y attendait pas. Et de revoir aussi Nadia Benchallal. Je peux même, enfin, présenter l’une à l’autre ces deux dames «rapporteuses d’images» de mon film.. qui se rencontrent pour la première fois!

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Nadia Benchallal et Letizia Battaglia © Helen Doyle 2016

Pendant que sous la pluie on attend l’inauguration, Jacques déclare officiellement l’ouverture de ManifestO et l’ouverture des containers. Et de sa voix chaude et tonitruante, il  annonce la fin de la pluie! En effet, le petit miracle se produit : la pluie cesse… On va à la découverte…

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

Car l’originalité de ManifestO, qui orchestre cet événement depuis 2012, est de proposer des expositions dans des containers.

Les expositions de cette année prennent, le jour, d’autres apparences…

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Martine Lécuyer, ManifestO © Helen Doyle 2016

Marine Lécuyer, l’une des lauréates de cette année avec son exposition Tarifa – Tanger, m’explique que les exposantEs sont responsables de l’accrochage de leur espace.

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

Des écritures et des regards affirmés, un régal pour les yeux …et pour l’esprit.

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

Vous qui avez manqué l’édition de cette année, on peut en découvrir l’essentiel sur le site Web de ManifestO.

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

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Toulouse, les « bonnes bouilles » de ManifestO © Helen Doyle 2016

Débats et échanges… en plein air, entre une table-ronde : « Le photographe face à la violence, au droit et à l’intime » avec Letizia Battaglia et d’autres personnes…

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

Un atelier animé par Impossible Project sur le Polaroid® et la «renaissance» des pellicules avec une technique de transfert d’émulsion.

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Impossible Project, ManifestO © Helen Doyle 2016

Le jour, différents groupes viennent sur le site, «les scolaires, de la maternelle au lycée», me racontent Claire et Audrey, en nous montrant le livre d’or où les jeunes, après leur visite de l’éducation à l’image, écrivent leurs impressions.

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Toulouse, ManifestO © Helen Doyle 2016

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Letizia Battaglia, ManifestO © Helen Doyle 2016

On consacre trois containers à l’invitée d’honneur Letizia Battaglia qui, cette année, recevra plusieurs récompenses et dont le travail fait l’objet d’une grande rétrospective au Il MAXXI Museo nazionale delle arti del XXI secolo, à partir du 24 novembre à Rome.

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Livre d’or et mots d’enfants, ManifestO © Helen Doyle 2016

Un des gamins lui écrit ce mot charmant dans le livre d’or : «Brava Letizia… Tu était (sic) courageuse… Continue».

Oui elle a continué et persévéré, courageuse et brave Letizia, un modèle pour nous.

Un autre écrira : «J’ai beaucoup aimé les sexpositions» Ces mots d’enfant font sourire tout le monde.

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Dans un des containers, on peut voir et entendre une interview de Giuseppe Marrazzo, un document de la RAI Palermo-Corleone (Sicile) qui date de 1979 sur Rewind. (Ici, un extrait sur Youtube.)

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Claire, Jean-François, Audrey, Jacques et Nadia, ManifestO © Helen Doyle 2016

On trouve aussi, à ManifestO, une librairie-container, devant laquelle pose une partie de la belle équipe : Claire, Jean-François, Audrey et Jacques, que Nadia s’emploie à photographier .

«Au début, peu de femmes soumettaient leur travail. Mais maintenant, elles sont très nombreuses», nous confie Jacques.

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Jacques Sierpinski et Nadia Benchallal, ManifestO © Helen Doyle 2016

On parle de la violence et de la photographie, de la conservation et de l’archivage, qui restent un souci pour nous, documentaristes, tout autant que pour les photographes … L’archivage, la pérennité de notre travail, LA grande préoccupation de Letizia…

◊◊◊◊◊

En me baladant dans Toulouse,
mon 33 tours usé à la corde,
qui griche pour cette autre chanson,

Pour Marilyn
Quel est le film, le scénario
Qu’il te faut tourner de nouveau
Et dans quel néant s’illumine
Le néon de ton nom, Marilyn?
(…)
Nos vies ne sont qu’un bout d’essai
Pour qui, pourquoi, Dieu seul le sait
Toi qui connaît la fin du film
Dis Marilyn…

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Marylin in La Rabia (2:21), Pasolini

En fredonnant cette chanson tout en me rendant à mon rendez-vous avec Letizia, je pense à ce passage que j’adore de La Rabia de Pasolini, qui fait écho… Je voudrais le partager avec Letizia, comme avec tout le monde croisé à ce beau rendez-vous de septembre. Comme un présent pour dire merci.

Et la nuit, Toulouse-la-Rose devient dorée et pose pour la carte-postale d’usage…

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Toulouse, la Garonne, l’Hôtel-Dieu St-Jacques, le Pont Neuf © Helen Doyle 2016

J’aimerais bien que les Toulousains puissent écouter mon ami Edgar Bori chanter Nougaro… que j’ai entendu le printemps dernier.

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Pleine lune à Toulouse © Helen Doyle 2016

Et je retourne au Québec avec cette autre jolie chanson de Nougaro, Tu verras, qui donne, tout de même, un peu espoir…

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[1] L’argile de la région utilisée pour les briques des maisons, une fois cuit, devient rose. Toulouse, au gré des changements de la lumière du jour, se teinte de reflets roses. D’autres villes portent ce surnom de Ville Rose, dont la capitale de l’Arménie, Erevan…

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