Nicole Stéphane : une femme intègre et remarquable

Satané virus qui oblige à l’annulation de plusieurs beaux festivals de films, dont le Festival International de films de Femmes de Créteil, où je devais me rendre.

Je tenais absolument à être présente pour participer au magnifique hommage consacré à Nicole Stéphane, cette grande dame du cinéma français.

Jackie Buet, la directrice, avait fait de petits miracles une fois de plus et avait réussi à programmer plusieurs films, non seulement ceux où Nicole était comédienne, mais aussi dont elle a été réalisatrice ou productrice, parfois les deux ! Jackie m’a fait l’honneur de programmer mon documentaire Les messagers, Rencontre avec des artistes engagés s’opposant, par différents moyens d’expression, à la barbarie de notre époque.

Nicole y apparaît, en ouverture, en compagnie de plusieurs autres créateurs : Ernest Pignon-Ernest, toujours si percutant, tout comme Dominique Blain, artiste québécoise qui récemment exposait au Centre culturel canadien ses œuvres réflectives ; les photos du regretté Stanley Greene ; la présence du compositeur écossais Nigel Osborne et son inspirante action auprès des enfants dans les guerres – Nigel, devenu depuis un fidèle collaborateur. Il y avait encore, puisqu’on parle des voix qui ne craignent pas de recevoir les fleurs et les pots, Daniel Mermet avec son Là-bas si j’y suis. Enfin, on y fait aussi la rencontre de la regrettée Susan Sontag.

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C’était au Cercle de Minuit – eh, oui nous recevions au Québec, via TV5, cette émission formidable. Michel Field interrogeait Susan Sontag sur sa présence à Sarajevo pour y monter En attendant Godot de Beckett. Elle parla de sa démarche, mais elle souligna, avec admiration et chaleur, la présence de Nicole Stéphane, venue tourner sous les bombes tout le travail avec les acteurs et le public qui se déplaçait malgré le couvre-feu, le théâtre pas chauffé et le risque d’être abattu sur le chemin pas un sniper

Je m’intéressais à la situation de la Bosnie et je me demandais comment faire un film de l’autre côté de l’océan… ce qui m’avait amenée à réaliser Le rendez-vous de Sarajevo. Mais après mon retour de la Bosnie, la question de l’engagement de l’artiste me taraudait. Je me suis alors mise à la recherche, non pas de militants, mais d’artistes engagés dégagés (l’expression est de Daniel Mermet) à l’aube de l’an 2000, inscrivant déjà, dans mon carnet de notes, les noms de Sontag et de Nicole Stéphane.

Prendre contact avec Sontag, entre New York et Paris, ne fut pas une sinécure. J’étais persuadée que c’était une de ces journalistes de plus en plus présents sur les terrains de conflits qui, comme plusieurs, s’étaient rendus en Bosnie afin de témoigner, comme tout le monde le disait, « à deux heures de vol de la France »…

Nicole Stéphane chez-elle © Helen Doyle (InformAction) 2001

Je tenais évidemment à rencontrer cette Nicole Stéphane, la réalisatrice et productrice de En attendant Godot à Sarajevo. À Paris, par je ne sais plus quel tour de passe-passe, j’ai finalement trouvé son numéro de téléphone. Sympathique et attentive, elle me prévenait par sa voix enrhumée d’une fin de bronchite et me proposa de passer à son appartement. Je ne voulais pas venir les mains vides ; j’ai donc choisi un cake aux abricots et un thé de fantaisie. Lorsqu’elle m’ouvrit la porte, je découvris à mon grand étonnement une femme d’âge mûr et, derrière elle, une immense affiche : Les enfants terribles avec son nom accolé à celui de Jean Cocteau.

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  2002, souvenir des Enfants terribles…

Sous le choc, j’eus honte de ne pas mieux connaître cette magnifique actrice, elle et son immense contribution au cinéma français. Mais quand, avec franchise, je lui fis part de mon ignorance, elle m’excusa fort gentiment… Et tout au long de notre première rencontre, elle manifesta une grande générosité et une telle humilité, celle qu’on n’attribue qu’aux plus grands…

Nicole-Stephane-chez-Gaumont_© Daniel Keryzaouën

Nicole Stéphane à la Cinémathèque française © Daniel Keryzaouën

Toujours, nos rendez-vous préparatoires au film ont été chaleureux et teintés de camaraderie. À un certain moment, le projet de film fut menacé, faute de fonds. On avait prétendu que ce concept de l’engagement était dépassé, soixante-huitard et, tout comme avait dit à Sontag ses amis new-yorkais : « Oh ! Susan, you are so old fashioned… » Elle avait des idées trop romantiques et soi-disant vieux jeu.

Moi, la murale impressionnante de Jordi Bonnet du Grand théâtre de Québec m’avait bouleversée à la fin de mon adolescence. Elle avait fait scandale avec sa phrase de Claude Péloquin « Vous êtes pas écœurés de mourir bande de caves ».

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Jordi Bonet – Claude Péloquin – Grand Théâtre de Québec

Mais cette phrase était encore plus vive au retour de la Bosnie. Je me souviens aussi de cette autre de Pélo (comme on appelait Péloquin) : « Je suis le cri de l’infini à remplir… »

Je me rappelle que Nicole me rassurait et m’encourageait Elle me disait « Ce n’est pas important si je suis dans ce film ou pas ; il faut le faire Helen. Il faut se battre encore et encore ! Chaque film est un combat… » Puis il y eut les attentats du 11 septembre 2001, une claque pour nous du continent américain. Cela donnait un sens encore plus profond aux questions posées autour du mot engagement.

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Toujours la voix de Nicole continue de m’accompagner à chaque projet : « Il ne faut pas flancher, il ne faut pas lâcher ! » Elle qui a transporté son projet sur Proust durant des années et des années… Bravo à Jackie qui a d’ailleurs trouvé une perle : ce film sur Visconti, avec qui elle souhaitait faire À la recherche du temps perdu

Dans mes cartons dort un immense poster qu’elle m’a donné, celui du film Mourir à Madrid de Frédéric Rossif, produit par Nicole Stéphane en 1963…

Ma rencontre avec Nicole aura été marquante. Elle me manquera, mais elle m’animera toujours…

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«Atmosphère, atmosphère…»

Au moment de mon départ pour Paris, j’étais un peu triste de rater, à l’Espace Go, Parce que la nuit, spectacle librement inspiré de la vie et l’œuvre de Patti Smith. Je suis soulagée, il y aura des reprises à l’automne.

En arrivant à Paris, je reprends mon rituel, à commencer par un tour chez le libraire. Quelque chose me pousse à acheter Just Kids de la même Patti Smith. Ordinairement, j’aime choisir un livre qui m’indique un tracé, un détour, une aventure, une découverte de Paris à travers un roman. Et me voilà plus souvent à New York qu’à Paris !

Rue Monsieur-Le-Prince © Helen Doyle 2019

Rue Monsieur-Le-Prince © Helen Doyle 2019

Cette lecture me pousse à être attentive : retrouver des lieux aimés, passer devant de petits hôtels, lever la tête… des motifs de papiers peints défraîchis au couvre-lit chenilles aux couleurs fanées, au lavabo cerné de rouille, à l’odeur de la gitane bien imprégnée et aux ressorts du lit qui grincent… une certaine gêne et puis des fous-rires… Nostalgie quand tu nous tiens ! Et de me mettre à chanter, un peu malgré moi, «Because the night belongs to lovers».

Because The Night… © Helen Doyle 2019

La présentation de L’artiste dans son for intérieur au cinéma Les 3 Luxembourg fut pure joie, celle de retrouver ma famille élargie, les copines, et d’avoir présenté en compagnie de ma chère amie Danielle-Marie ce modeste hommage à ses œuvres… Mon court-métrage déconcerte : il y avait de ma part cette volonté de ne pas faire une image qui soit celle du documentaire, mais bien de me permettre un plongeon poétique afin de déchiffrer les arcanes, décoder les hiéroglyphes laissés par l’espiègle et pince-sans-rire artiste, qui nous fait passer des contes de fées à l’enfer de Dante. Heureuse aussi de la présence de la preneuse de son de L’atelier des chimères Graciela Barrault, qui a remarqué le travail extraordinaire du montage sonore de mon ami Benoît Dame. Merci à Benoît et à ses acolytes.

Danielle-Marie attend la projection © Helen Doyle 2019

Tout ça m’amène à m’engager dans des réflexions sur la création, avec des discussions enflammées autour de des effets de la mondialisation. Comment lutter contre une standardisation culturelle ambiante : les mêmes mots à la mode, les mêmes tendances et une peur de prendre certains risques qui ne soient pas seulement des effets des nouvelles technologies ?…

Encore merci à celles et à ceux qui m’ont accompagnée dans cette exploration ; merci à Florence Bebon et à sa petite équipe de Femmes en cinéma d’avoir programmé cet ovni.

Ah ! j’ai pu trouver du temps pour passer un moment intense avec la photographe Elena Perlino qui m’offre si gentiment son dernier album photo, Paris Goutte d’or. Je n’ai pas grand-chose à leur offrir, sauf des collaborations, des échanges… comme pour mon autre projet Au lendemain de l’odyssée, où j’aimerais tourner des séquences à partir de son autre livre, Pipeline.

Aux Récollets © Helen Doyle 2019

Pour ma dernière nuit dans mon univers monacal, la pleine lune joue à travers les lamelles qui habillent la fenêtre : jeux d’ombres et de lumières sur mon bouquet de mimosa.

Il a fait gris toute la semaine et voilà qu’au petit matin, alors que je me prépare au départ, le soleil apparaît…

Aux Récollets, matin de départ © Helen Doyle 2019

On annonce encore de la neige pour les jours de retour au Québec!

À l’arrivée, sur la table de ma cuisine, un bouquet de tulipes rouges m’attendait…

 

Quelques jours plus tard, l’annonce de la mort d’Agnes Varda vient me chavirer le cœur… Je viens de la voir, dans un entretien, avec ses bottes rouges mieux entretenues que les miennes… Je vais continuer de porter les miennes; et avec tendresse, je vais désormais les appeler mes « Agnès Varda »… C’est un compliment! Ce sera toujours un rappel que dans notre métier, il faut penser en se déplaçant beaucoup. Et souvent, il faut « penser avec ses pieds »… Voilà : il faut être bien chaussé, mais aussi avoir un petit grain de fantaisie. Comme Agnès, qui a toujours eu le don de mettre dans ses films le petit détail qui révèle tant…

Mes « Agnes Varda » © Helen Doyle 2019

 

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Le bus 38

J’ai pris le bus 38 ; pendant un instant, en passant près de la rue de la Fidélité, j’ai pensé à mon amie Louise Desbrusses ; après Berlin, la voilà installée dans le sud de la France…

Puis, rue des Petites Écuries, j’ai eu un pincement au cœur, un gros… Le sourire chaleureux de Marie-Thé, mon amie grecque, me manque. Je lui aurais demandé de m’accompagner ; et je sais que cela aurait plu à mes copines Louise et Marie-Thé, cette sortie pour la première de Femmes en Cinéma.

Arrivée dans le 5e, en descendant rue des Écoles, un autre souvenir m’envahit : celui de ma rencontre avec Caroline Laure, sa fille Maya et le chien Peyotl… Caroline qui m’avait offert l’hospitalité, comme Marie-Thé et Louise lors de mes passages à Paris avec mes films sous le bras dans ce quartier. J’ai retrouvé, il n’y a pas longtemps, le CV de réalisatrice de Caroline et des photos de tournage d’un cirque un peu ric-rac ; une même famille, peut-être des Roms ; un tournage en Italie où elle a étudié le cinéma. On me l’avait présentée car elle était aussi directrice photo et c’était rarissime à l’époque.

 

D’ailleurs moi-même, je me souviens du jour où j’ai voulu prendre la caméra et qu’on m’a dit, comme à une pauvre petite chose, que l’Éclair avec son magasin chargé serait trop lourde pour mes frêles épaules… Je me rappelle avoir répondu : « Vous avez déjà vu une mère de famille avec un enfant dans les bras, tenant la poussette d’une main, les courses dans l’autre, et l’autre enfant, un peu plus grand, accroché à ses basques ? Ils prennent le bus et tandis qu’elle cherche les tickets, le plus petit se met à ruer et à crier dans ses oreilles. Et bien cette Éclair ou cette Aaton qui se déposent comme un chat ronronnant sur l’épaule de son opérateur, elle ne crie pas, elle ne donne pas des coups de pied dans les côtes et personne ne hurle …sauf le réalisateur, la réalisatrice qui criera tout à l’heure : Moteur ! »

Caroline, j’aimerais pouvoir te dire que lors de mes recherches en Italie, j’ai fait la rencontre du cinéaste et producteur Gian Vittorio Baldi. Chez-lui, j’ai retrouvé la photo d’une femme de dos. Je t’ai reconnue à ta longue tresse qui te descendait jusqu’aux fesses… J’ai demandé à Baldi si c’était toi sur la photo. Avec son sourire de chat il me l’a confirmé : « Oui, oui, comment connais-tu Caroline ? »

Ce soir du 16 mars, je rejoins le cinéma… en me disant que grâce à quelques camarades de cinéma plus ouverts – Georges, Pierre et Alain – j’ai appris à enfiler les « culottes de sœur » et à charger la caméra de pellicule… Dire qu’aujourd’hui, il suffit d’un clic et d’une toute petite carte à puces…

Et j’entre au cinéma en heureuse spectatrice pour la soirée d’ouverture de Femmes en cinéma… Florence Bebon, directrice de ce jeune festival, y présente ses coups de cœur.

Florence Bebon, directrice © Femmes en cinéma 2019

Danielle-Marie Chanut et Helen Doyle © Femmes en cinéma 2019

En revenant, encore par le bus 38, je croise une dame, Suzie; elle sortait du cinéma en même temps que moi. Nous faisons le trajet vers la Gare de l’Est en causant… cinéma.

Je tiens à remercier le Conseil des arts de Longueuil (CAL) pour avoir contribué à défrayer une partie des coûts de ce voyage.

NDLR : À part les deux photos de Femmes en cinéma, les autres photos ont été glanées sur Google.

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L’artiste dans son for intérieur

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Mot de la réalisatrice

L’œuvre de Danielle Marie Chanut est singulière et, disons-le, inclassable. Le titre de ce court-métrage poétique est inspiré par l’une de ses œuvres.

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Pour moi, Danielle Marie est une sorte de Fanfreluche – héroïne de mon enfance à la télévision québécoise de la fin des années 1960 – qui nous invite à pénétrer avec elle dans le livre de contes de fées et qui chamboule tous les rôles classiques de la princesse ou de la petite fille laide et sotte. Mais si Danielle Marie aborde le monde de l’imaginaire et de l’enfance, elle ne craint pas de se frotter au monde des grands dans des œuvres aux titres révélateurs comme autant de clefs pour pénétrer son univers : « Ce livre travaille du chapeau », « Ne cherchez pas mon cœur : les bêtes l’ont mangé (Baudelaire) », « Je suis le chat qui s’en va tout seul » ou « Dans les petits coquillages roses il écoutait la mère ». On trouve là quelque chose de léger et de grave à la fois.

L’Artiste dans son for intérieur porte bien le poids de la vie, de ses joies mais aussi de ses souffrances, de ses rêves et de ses désillusions. Dans ses objets/livres détournés – qui peuvent paraître inoffensifs – la mort et la vie se côtoient… Si on prend le temps d’explorer et de plonger dans la matière et dans les interstices de ses livres, si on prend le temps de lire entre les lignes, que trouve-t-on des traces et des cicatrices de sa vie ?

J’ai pensé qu’il serait intéressant d’ajouter un complément à cette invitation au voyage ; j’ai ainsi réalisé un court document qui reflète aussi mon rapport à cette créatrice devenue amie et que je me plais à visiter chaque fois que je suis de passage à Paris. Dans ce document, librement disponible sur Viméo, je vous donne rendez-vous à L’atelier des chimères pour y découvrir ses dernières créations…

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Une histoire étonnante… de masques…

Paris. Hier soir, à la Mairie du 10ème arrondissement, moments joyeux et festifs.

On souligne le parcours et l’implication de 20 femmes dans le 10ème arrondissement, par cinq jeunes rédactrices et une graphiste sous la forme de grandes bannières consacrées à chacune d’elles. Quel bonheur de voir l’une d’elles consacrée à Chrystel Dozias. Bien mérité, chère Chrystel, je lève mon verre à cette joyeuse et percutante initiative.

Dessin de Sheina Szlamka

À côté de moi, une dame dit à son compagnon « Malheureusement, c’est encore très nécessaire… »

En plus, la teneur de ces bannières se retrouve en supplément dans le Journal du village Saint-Martin.

Aujourd’hui, je retrouve ma chère Danielle Marie Chanut, avec qui j’irai demain, bras-dessus bras-dessous au cinéma présenter L’artiste dans son for intérieur, au festival Femmes en cinéma. Pour moi – et pour elle – c’est un peu une surprise de dernière minute que je dois à la bourse de déplacement du Conseil des arts de Longueuil, ma ville, qui a aussi été partenaire à la réalisation de L’artiste dans son for intérieur.

J’ai connu Danielle au début des années 1980 ; je préparais alors le tournage du Rêve de voler. Mais peut-être ai-je déjà raconté ça… Tant pis !

Je me baladais un dimanche dans le 5e avec mon amoureux, appréciant les nombreuses galeries du quartier latin quand tout à coup mon regard fut happé par quelques somptueux masques de chouettes dans une vitrine. Or, la trame du Rêve de voler est basée sur un conte pour enfants-adultes écrit pour des trapézistes. L’argument : un roi fou décide de faire emprisonner tous les oiseaux, car il les veut pour lui tout seul ! Les masques d’oiseaux que je venais de voir était vraiment source d’inspiration.

Quelques jours plus tard, après avoir mis le fiancé sur son avion de retour au pays, je me suis mise à chercher – parce que je ne l’avais pas notée – la galerie où j’avais vu ces masques magnifiques ; j’ai enfin pu les retrouver, trônant dans la vitrine d’une libraire de livres anciens, rue Mazarine.

J’entre et je demande : « Pouvez-vous me dire qui crée ces superbes masques ? » Une dame, plus très jeune, mais avec un air et un ton espiègle me répond « C’est moi… »

Je ne peux m’empêcher de lui parler de mon projet en préparation et je lui demande comment je pouvais acquérir l’un de ses masques. Spontanément, ma belle interlocutrice me dit « Je vous l’emballe ! » Je lui explique que je suis à la fin de mon voyage, que je suis fauchée comme les blés ; elle me répond : « Si vous le voulez, je vous l’emballe. Vous partez pour le Québec, alors vous pourrez m’envoyer un mandat lorsque vous serez à la maison. Prenez… »

Masque Danielle-Marie Chanut (G. Bonneau) © Helen Doyle

Nous avons fait plusieurs tentatives avec les trapézistes pour utiliser le masque de Danielle Marie, mais ça s’avérait trop dangereux : les plumes s’accrochaient facilement dans les cordages et la vision, qui doit être dégagée, l’était grandement et mettait nos trapézistes en danger. C’est ainsi que le masque de chouette de Danielle Marie se transforma en porte bonheur ! Et lorsqu’il y a eu une projection rue du Bac, à la Délégation du Québec, ce fut un bonheur d’inviter Danielle. C’était le début d’une longue et belle histoire d’amitié et de complicité.

Je ne sais combien de belles expositions j’ai raté, surtout sa toute dernière à la Fabuloserie à Paris, Il y a quelques mois.

Après les masques, Danielle Marie est passée à la création de livres détournés. En guise de préparatif à la projection de demain au cinéma Les 3 Luxembourg dans le cadre de Femmes en cinéma, voici quelques images du tournage au CENT-QUATRE PARIS. La directrice photo Nathalie Moliavko-Visotzky, après avoir relevé le défi de mon documentaire Dans un océan d’images, a créé avec moi ce poème en images à partir de dix des livres détournés de Danielle.

J’en profite ici pour dire un gros merci à Benoit Dame pour la trame sonore qu’il a su créer de toute pièce, et à Bruno Bélanger au mixage chez PRIM, ainsi qu’à toute l’équipe de ce havre dans nos projets les plus fou et à risques… (J‘ai d’ailleurs déjà obtenu de ce centre d’artistes la « Bourse des refusés » ; dommage que celle-ci n’existe plus.)

À tout de suite, ma chère amie, j’ai très hâte de te revoir. Ça fait longtemps que je ne suis pas passée dans ton 14ième te faire la bise et prendre le temps avec toi de nous raconter toutes nos chouennes et nos rêves de créatrices.

Danielle-Marie en Bretagne © Helen Doyle

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Un odeur de mimosa

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Hier, le plaisir d’un retour aux Récollets et le plaisir de revoir sa bienveillante directrice, Chrystel Dozias, qui s’empresse de me faire sentir chez-moi. Et de me parler avec ferveur de ses derniers coups de cœur.

La charmante Aurélie est toujours là, qui m’aide à me dépatouiller dans des histoires de branchements électriques.

Un hasard ? En entrant dans le petit studio, dans un vase, quelques branches de mimosa, toute l’odeur du printemps ; un printemps habillé de pompons jaunes, de la vitamine soleil en grappe. Comme je le pensais, c’est bien cette chère Chrystel qui a eu cette gentille attention. Elle connait la tradition italienne : le 8 mars, Journée internationale du droit des femmes, on offre du mimosa.

Hier encore, la joie de voir un amandier en fleurs et de retrouver tous les babils, les cris des enfants, les coups de sifflet répétés marquant la fermeture du jardin Villemin, juste derrière les Récollets.

Ce matin dès l’aube, de nombreux virtuoses dans un concerto ; je regrette de ne pas savoir identifier tous ces chants d’oiseau.

Quel changement radical avec les sons feutrés qu’installent nos bancs de neige pour moi qui vient de quitter mon igloo…

Le temps est maussade ce matin, et Paris est tout gris… Zut, il me faut un parapluie.

Ce soir, aux Récollets, si je tiens le coup du décalage, j’ai rendez-vous avec le Brésil.

Je suis contente d’avoir décidé, à la dernière minute, de m’installer pour la énième fois depuis 10 ans, dans ce lieu inspirant qui grouille de créateurs.

Allez! Encore une sniffe de mimosa!

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Ricordi di Firenze…

Quelques souvenirs du Festival Internazionale Cinema e Donne de Florence… où l’on m’avait programmé une classe de maître dès le lendemain de mon arrivée…

Le Festival me donnait l’occasion de présenter trois de mes films, très différents l’un de l’autre : C’est pas le pays des merveilles, Soupirs d’âme et Les messagers.

Projection de « C’est pas le pays des merveilles » © Helen Doyle 2018

source : page Facebook du festival

J’ai eu l’occasion de faire de beaux et bons contacts durant le Festival International de films de femmes de Florence, sans parler de la richesse des rencontres avec les organisatrices, les réalisatrices et les retrouvailles avec Paola Paoli et Maresa d’Arcangelo, les orchestratrices et fondatrices du festival  .

Cinema La Compagnia © Helen Doyle 2018

Je n’ai pas eu tendance à faire des photos car plusieurs en faisaient. Tous les jours, des découvertes cinématographiques; tous les jours de merveilleux échanges avec les jeunes femmes qui travaillent au festival et m’ont souvent servi de traductrices : merci à elles de toutes leurs attentions. 

Le sourire de l’accueil © Helen Doyle 2018

Florence © Helen Doyle 2018

Quelques moments surtout atmosphériques en sortant des projections, encore remplie d’images, de sons et de propositions si différentes. Et des moments intenses de réflexions à mon retour vers l’Institut français, où j’avais l’honneur d’être hébergée.

Pont du soir à Florence © Helen Doyle 2018

Il y a tous ces moments de la dégustation des films et des activités proposées, mais aussi la rencontre autour, bien sûr, de la merveilleuse gastronomie italienne.

Autour de la table (Paola Paoli, au bout, et Suzanne Osten à sa droite) © Helen Doyle 2018

Ravissement de retrouver la cinéaste et metteure en scène suédoise Suzanne Osten, dont j’avais tant aimé le film Les frères Mozart pour son audace. C’est au Festival de Créteil que nous avons fait connaissance et ce fut aussi à Créteil, en 1993 ou 94, où j’ai pu voir son film annonciateur du climat politique d’aujourd’hui ; je suis restée troublée et imprégnée par son film L’affrontement… Cette fois-ci encore, son film Flikan, mamman ach demonerna (The Girl, the Mother and the Demons) est troublant. Nous nous retrouvons avec des préoccupations connexes, que nous explorons très différemment.

Paola Paoli et Suzanne Osten © Helen Doyle 2018

Et il y a eu le passage très remarqué de Léa Pool avec deux de ses magnifiques films.Léa a parlé aux spectatrices et spectateurs de la musique dans La passion d’Augustine… (Petit extrait ici). Elle présentait aussi Et au pire, on se mariera, son dernier film.

Maresa D’Arcangelo, Léa Pool, Paola Paoli (image tirée de la page Facebook du festival)

Je suis une fan de Léa depuis ses premiers films Strass Café et La femme de l’hôtel, que nous avions programmés lors de nos premiers festivals de La femme et le film à Québec.

Léa recevait d’ailleurs, de la part de la Comune di Firenze, le Prix Sigillo della Pace en reconnaissance de son travail cinématographique original. Le prix lui a été remis par la Déléguée du Québec à Rome, madame Mariana Simeone, et par l’adjointe au maire de Florence, Sara Funaro.

Un soir, méditation sur le chemin, du retour

Une lune sur ce musée en plein air qu’est Florence.

Ciel de soir à Florence © Helen Doyle 2018

Et le lendemain une brume enveloppante…

Pont de Florence dans la brume © Helen Doyle 2018

Un soir de décembre à Florence © Helen Doyle 2018

Merci à tout le monde et tout spécialement à mes accompagnatrices et traductrices, de même que pour le travail dans l’ombre de sous-titrage de Concetta De Libero, que je remercie de tout mon coeur.

…Et pour la mention spéciale – Premio Gilda – pour mon travail de réalisatrice. « Il Gilda alla Carriera andrà invece alla regista del Quebec Helen Doyle ».

Merci et bonne route à toutes…

Les 11e Prix Gilda : Helen Doyle pour sa carrière

Je tiens à exprimer toutes mes félicitations à toutes celles qui ont aussi reçu un prix!

Je vous encourage à visiter la page Facebook du Festival pour celles et ceux qui parlent italien… ou non! On y trouve une belle « brochette » de réalisatrices.

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