En train, de Palermo a Catania

Fronton, Palerme © Helen Doyle 2018

Dans le train qui va de Palerme à Catane, les paysages défilent, toujours différents. Et je pense au printemps dernier où j ’ai échappé mon appareil photo sur le plancher de marbre d’un bel édifice historique : fini la photo!

Graffiti,Palerme © Helen Doyle 2018

Ma tablette « vieille » de dix ans était en train de rendre l’âme – en principe elle devrait être morte avec cette programmation d’une mort assurée après 3 ans ou 4 ans d’usage (ce qui a été vrai pour mon imprimante). Je me baladais avec un téléphone à clapet, un téléphone pas intelligent, il va sans dire, que j’ai depuis mon premier séjour en 2010 avec un numéro italien; il fait réagir à tous les coups, celui-là, et je me couvre presque de ridicule.

En train, départ de Palerme © Helen Doyle 2018

J’ai dû retrouver des réflexes anciens, celui du calepin de notes et celui des images qu’on fixe dans son cerveau… Je me suis rendu compte de la différence, de ma différence d’écoute, de ma manière d’absorber les choses. Je dis toujours qu’avec le temps, la crème se retrouve sur le dessus du lait; encore faut-il obtenir le lait. Il y a quelque chose de difficile à définir, quelque chose qui s’ajoute, une attention particulière libre de capter et d’enregistrer des choses, de les stocker dans sa mémoire sensorielle… Elle ne passe pas par tous ces outils : l’outil c’est soi-même et ça change quelque chose. C’est à cela que je pense dans le train, qui longe maintenant la mer.

En train, Palerme-Catane © Helen Doyle 2018

Cette année, j’ai décidé de me moderniser; ça va faire de passer pour un vieux croûton! Et je me retrouve dans une sorte de Babel. D’abord celle des langues; je jongle entre le français, avec les personnes de plus de 50 ans, et l’anglais, avec les jeunes, qui ont parfois l’accent très british; et il y a mon « baragouinage » italien et une petite touche de sicilien par ici et par là.

En train, Palerme-Catane © Helen Doyle 2018

Mais il y a aussi les E-mails italiens, des courriels du Québec, des messages sur Messenger, Facebook, LinkedIn, WhatsApp, qui réclament tout le temps, auxquels il faut ajouter Wetransfer, Skype et Twitter. Vient un moment, je ne sais plus qui appelle. Où sont les informations, de quoi, pourquoi, de qui, ne me laissant plus une minute de loisir pour juste jouir du silence et des paysages qui défilent.

En train, Palerme-Catane © Helen Doyle 2018

Ah, les chers 5W du journalisme,  pas si bête : What Who When Where, et surtout, WHY?

Qui, Quoi, Quand, Où, Comment, et Pourquoi… nous pouvons ajouter aussi Pour qui?

En train, Palerme-Catane © Helen Doyle 2018

J’aime laisser flotter en moi un paysage, un visage, des mots… Des gestes qui restent. Ils descendent et circulent en moi; ils se réfugient, restent pelotonnés au fond de moi et mûrissent. Puis, après un temps, certains tambourinent et demandent à sortir prendre l’air… à s‘exprimer à travers moi.

On voudrait être maître de la situation, mais ils nous mènent parfois par le bout du nez. Et si on ne fait pas attention, ils nous échappent comme un courant d’air… Mais si on prend garde, si on écoute cette petite voix qu’ils mettent au fond de nous, alors seulement il y a cette sorte de chose innommable qui nous dit qu’on est sur la bonne voie.

En train, au loin, l’Etna © Helen Doyle 2018

J’ai retracé une série de correspondances instantanées pour un rendez-vous entre quatre personnes : une chatte n’y retrouverait pas ses petits.

Deux coups de téléphone auraient suffi, à mon avis. Je me demande qu’est-ce que cela crée dans nos cerveaux, dans nos têtes. On peut avoir une sensation de pouvoir gérer quelque chose, d’avoir du pouvoir sur le temps, mais que de temps perdu! Je serais curieuse de refaire l’exercice du rendez-vous de quatre personnes ici : ça frise le ridicule!

En train, au loin, l’Etna © Helen Doyle 2018

Comment utiliser tous ces choses technologiques si utiles et comment ne pas se laisser envahir par cette impression de contrôler le temps. Dans la création, il y a ces moments incontrôlables qu’il faut laisser surgir; il ne faut pas être constamment distrait et rester attentif afin de saisir en marche… le rêve…

En train, au loin, l’Etna © Helen Doyle 2018

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A propos tatoumemo

Scénariste et réalisatrice de films documentaires, Helen Doyle vit au Québec, mais ses sujets l'amènent en divers lieux du monde. Avec son complice Germain Bonneau, elle produit certains de ses films à travers les Productions Tatouages de la mémoire A l’hiver 2011, Helen Doyle recoit, du CALQ, la bourse de résidence d’artiste à Rome, où elle travaille sur son projet : Appunti sur Pasolini, poète civil. En novembre 2012, elle termine, après un an de travail intense, son film Rapporteurs d'images - Dans un océan d'images, j'ai vu les tumultes du monde.... Un coffret réunissant plusieurs de ses œuvres accompagné d'une monographie sur son travail sont en préparation par Vidéo femmes et les Éditions du Remue-ménage.
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Un commentaire pour En train, de Palermo a Catania

  1. Anne-Marie Allaire dit :

    Voila pourquoi il faut ajouter aux 5W, le 6e Wo et jouir du moment. Merci Helen de ce temps long, je n’ai meme pas entendu le train.

    J'aime

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