Un retour aux sources… pour l’Ordre du Bleuet

Un retour aux sources, « là où l’eau déborde » ou « la fin des eaux profondes », en un mot : Chicoutimi !

Un temps maussade mais des sourires accrochés aux lèvres de tous et chacun.

Il y eut quand même quelques moments d’éclaircie.

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Ordre du bleuet-2016 © Germain Bonneau

Les gens du Saguenay et du Lac Saint-Jean ont cette réputation d’être généreux, recevants et ben d’adon… Comment ne pas être impressionnée par tout le parcours des neuf autres lauréats et lauréates de l’Ordre du Bleuet ? Une organisation impeccable et une soirée chaleureuse ! Un trophée qui pèse lourd. Et cette jolie remarque lors des présentations : « le bleuet est le seul petit fruit à avoir une couronne » ; pétons-nous un peu les bretelles en passant…

Nous étions tous invités à venir l’un après l’autre sur scène pour recevoir notre trophée, présenté par un membre de l’organisation ; le mien m’a été présenté par Christiane Laforge, qui avait partagé les bancs d’école du collège Bon-Pasteur de Chicoutimi – et des parties de volley-ball – avec ma sœur Louise. C’est aussi Christiane qui a signé les magnifiques portraits des lauréats, un travail d’écriture remarquable pour des parcours impressionnants. (Ça vaut vraiment la peine de prendre un moment pour faire connaissance avec les Bleuets et les Bleuettes 2016!)

Le « pacing » de la soirée nous a proposé le portrait, en texte et en images, de chacun des récipiendaires. Entre les présentations, un trio de jazz pas piqué des vers marquait la pause d’un air approprié et nous accompagnait tandis que nous nous rendions sur scène. Lorsque ce fut mon tour, j’ai eu l’honneur d’être accompagnée par Christiane Laforge. Le hasard (?) a fait que ces talentueux musiciens ont commencé à jouer Take Five de Dave Brubek !

Qui pouvait savoir, parmi les organisateurs, qu’adolescente, j’avais fait un show qui réunissait un petit quatuor de jazz formé de mes amis et chums de l’époque : Germain Bonneau, Jean Lemire, Luc Pagé et André Simard …et nous, les filles du Bon-Pasteur. Sur la même scène, nous présentions deux chorégraphies de danse moderne : une sur Lollipop, l’autre sur Peter Gun ; avec moi, il y avait Suzanne Sweeney et Françoise Angers (je m’excuse après de la quatrième danseuse ; son nom m’échappe). Donc en montant sur scène pour recevoir mon Bleuet de bronze, tout à coup, cette pièce, Take Five, qui faisait la gloire de mes jeunes jazzman d’amis, venait ajouter une émotion de plus à cette belle soirée… dont le souvenir n’est pas prêt de s’estomper !

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Repérage à Zoom Saguenay © Germain Bonneau

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Encore un souvenir…

Une image que je viens de retrouver, en fait, la reproduction d’une photo prise lors d’un passage au Festival de Larochelle : la fameuse caméra de nos débuts où le ruban magnétique (1/4 de pouce à bobine ouverte) avait  la fâcheuse tendance à s’enrouler et tirebouchonner comme un spaghetti collant et trop cuit.

Si on regarde bien sur l’image, à la hauteur de l’affiche, on peut voir le magnétoscope qui nous permettait d’enregistrer. Vidéo légère, disait-on ! Nous avons fait nos premières armes avec cet engin… Aujourd’hui, avec son téléphone, on peut faire 100 fois mieux technologiquement.

Mais je me souviens aussi des longues discussions, des échanges, des doutes que nous avions sur ce que nous tournerions, et pourquoi, avec les filles de La femme et le film. Même léger, le manque de souplesse de l’appareil (être ainsi harnachée, en plus, par un long câble) n’était pas de tout repos. Cela nous obligeait en quelque sorte à un certain temps d’arrêt et de réflexion avant que le désir de faire des vues ne l’emporte…souvenir deBretagne
La Société de l’Ordre du Bleuet a dévoilé les dix personnalités qui seront honorées lors du Gala qui se tiendra le 11 juin prochain à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière et je me retrouve parmi les lauréates… Ce samedi, je serai donc reçue de l’Ordre du Bleuet!

Ce sera pour moi une occasion de plus de ressasser d’autres souvenirs et de faire la fête… J’en suis déjà toute chamboulée.

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Noémia Delgado… souvenirs d’une grande dame du cinéma

Des souvenirs du Portugal, de Lisbonne et du quartier de l’Alfama ressurgissent toujours autour du 24 avril, jour anniversaire de la Révolution des Oeillets. On peut dire que j’ai la Saudade de ce pays  et des rencontres que j’y ai faites autour du cinéma. Je me demande toujours que sont les amis devenus???

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Alfama © Helen Doyle 1976

J’apprends que la cinéaste Noemia Delgado n’est plus. Noemia, considéré comme l’une des femmes pionnières du cinéma portugais. Une femme intense et passionnée, qui avait cette même vitalité et ce même regard allumé que cette chère Cecilia Mangini. Je suis triste de ne pas avoir pu revoir cette chère Noemia.

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Noemia Delgado © Helen Doyle 1988

C’est lors d’un repérage à Lisbonne, et grâce au cinéaste Rui Simoes, que j’ai fait la connaissance de cette cinéaste. Rui m’avait donné rendez-vous dans une jolie boutique (de vêtements! eh, oui!) au nom inspirant de La Perdiçao de Maria… Déjà le nom de cette boutique était une véritable invitation à se laisser mener par le hasard, dans cette sorte de joyeux chaos qui règne au Portugal… chaos d’où jaillit la lumière. Et ce fut le cas!

Lisbonne

Portugal – collage © Helen Doyle 1988

En compagnie de Germain et de Dominique (ma monteuse du Rêve de voler, que je venais de terminer), avec une caméra toute neuve, une belle VHS semi-pro, nous étions prêts pour aborder un projet en repérage pour ce que j’appelais l’écriture stylo. Je ne savais pas que des années plus tard, bien plus tard, je découvrirais les appunti de Pasolini, très proches, je le réalise aujourd’hui, de ce que je m’étais mise en tête d’expérimenter.

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Helen, Rui, Dominique © Germain Bonneau 1988

Après le café de circonstance au coin de la rue Monteiro Torres, Rui nous invita donc à voir son minuscule studio de montage, caché dans l’arrière-boutique. Tandis que la délicieuse Maria (la maman de Rui) jetait un dernier coup d’œil à son dernier display, nous étions entraînés vers ce doux ronronnement de la table de montage.

Rui a entrouvert la porte et nous a présenté Noemia. Elle a peine relevé la tête de sa table de montage, a souri et, sans dire ni bonjour ni bonsoir, s’est mise à  nous parler avec délectation et ferveur de son projet et de ses défis… « Regardez ceci, regardez-cela!» C’était un réel feu d’artifice. Puis, elle s’arrêta net, nous regarda de son oeil perçant et demanda: « Mais qui êtes-vous? » Alors que ça faisait déjà une bonne demi-heure que nous étions là à l’écouter…

Noemia avait fait partie, dans les années 60, de la génération du Cinema Novo. Elle est l’auteur d’un célèbre documentaire ethnographique, Máscaras (Masques) (1976) qui reste son film le plus connu, inspiré par le travail ethnographique de Benjamin Pereira. Dans les années 70, à Paris, elle fut l’apprentie de Jean Rouch. Elle a aussi travaillé avec Paulo Rocha dans Change of Life (1966) et avec Manoel de Oliveira sur Le passé et le présent (1971). Et elle était une collaboratrice de Rui sur son film si important, Deus, Patria, autoridade.

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Noemia Delgado en montage © Helen Doyle 1988

Dans une entrevue datant de 2000, Noemia se souvient :

« Hoje que estou à parte, percebo que realmente era uma mulher muito só no meio de tantos homens. Na altura, eu lutava, esbracejava, mas lutava com eles como igual, não pensava que era uma mulher a lutar contra os homens. Nessa altura, não punha o problema desta maneira. Pensava que tinha os mesmos direitos que eles, mas não era por causa de ser mulher, era por ser uma profissional. »

« Aujourd’hui que je fais les choses de mon côté, je constate que j’étais vraiment la seule femme au milieu de tant d’hommes. À cette époque, j’ai lutté, j’ai manifesté, mais je me suis battue avec eux comme une égale ; je n’ai pas pensé que j’étais une femme en lutte contre les hommes. À ce moment-là, je n’ai pas posé le problème de cette manière. Je pensais que j’avais les mêmes droits qu’eux, non pas parce que j’étais une femme, mais parce que j’étais une professionnelle. » (Traduction libre : Germain Bonneau)

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Helen par Noemia © Helen Doyle 2016

Lors d’un repas dans le Bairro Alto (mais ce n’était pas à la Bota Alta…), avant notre départ, Noemia avait fait ces dessins de nous trois sur la nappe en papier. Elle trempait ses doigts dans sa tasse de café, comme on trempe son pinceau dans l’encre ou l’aquarelle, pour créer les jeux ombres.  Je conserve précieusement ses dessins…

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Germain par Noemia © Helen Doyle 2016

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Dominique par Noemia © Helen Doyle 2016

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La culture ?

J’étais à Milan, en repérage pour « Dans un océan d’images« , pour voir une  grande rétrospective de l’artiste américano-chilien Alfredo Jaar. (Ce moment marque aussi le début de mes blogues sur Tatoumemo…)

P1030924_2Alfredo proposait alors Questions, 2008, un jeu de grandes affiches qui se retrouvaient partout dans la ville, sur les murs, les bus, les trams, dans le métro, et sur des posters et cartes-postales que Jaar demandait à tous et chacun de distribuer.

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Les question d’Alfredo sont plus que jamais  nécessaires, essentielles et percutantes.

Dans un café-librairie du Trastavere, j’ai retrouvé ces même posters.

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Le mois de mars s’achève, et s’il y a des événements qui m’indignent et me désespèrent, il y a aussi – heureusenment! – Letizia Battaglia à qui on rend hommage…

…et aussi mon amie Luciana Capitolo, qui m’annonce la publication de son livre sur lequel elle travaille depuis si longtemps: Un giorno nei secoli tornerà aprile.imgres-1

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Enfin, je lis de belles nouvelles d’Ernest Pignon-Ernest, des suites de son projet et une bande annonce d’un film : Se Torno (Si je reviens)


Ajoutée le 5 mars 2016

LE NOUVEAU DOCUMENTAIRE SIKOZEL

Quarante ans après l’assassinat de Pasolini, Ernest Pignon-Ernest part en Italie pour coller, dans les lieux liés à la vie, à l’œuvre et à la mort du poète, une pietà laïque dans laquelle Pasolini, au regard sévère, porte dans les bras son propre corps sans vie.

« Si je reviens » est le récit de ces interventions, de la conception du dessin à son insertion dans les villes de Rome, Ostie, Matera et Naples. Témoignage du travail clandestin d’Ernest Pignon-Ernest, le film documente aussi les réactions que l’image de Pasolini suscite dans le regard des passants et des habitants de nos villes, sorte de plaie ouverte pas encore cicatrisée.

LA CAMPAGNE DE CROWDFUNDING

« Si je reviens » est le deuxième documentaire autoproduit par Sikozel. Afin de financer la diffusion du film, d’organiser sa distribution et de couvrir les frais de post-production, nous avons décidé de lancer une campagne de financement participatif sur le site http://www.kisskissbankbank.com. Grâce à l’aide d’Ernest Pignon-Ernest, une sélection de contreparties de qualité attendent de récompenser votre générosité !

▶︎ SOUTENEZ LE FILM sur http://bit.ly/Sikozel_SeTorno_Crowdfu..


Julie Paquette, du Cycle Pasolini, toujours active, me parle de ses projets et de cette librairie féministe, Eugélionne. Je reçois aussi les beaux projets des Dames du Doc… Ces signes me redonnent un regain d’espoir.

Et aujourd’hui, au tribunal de LaHaie, Radovan Karadzic a été condamné pour crimes contre l’humanité… Enfin, oserai-je dire! Je me  souviens de notre tournage, à Sarajevo,  pour « Les  messagers » avec Nigel Osborne. Je me  souviens de la rencontre avec un artiste et professeur à l’école des Beaux-arts, Mustapha Skopljak. Cette rencontre, même si elle n’a pas trouvé sa place dans le film, m’a marquée; et comme je le disais à Nigel, qui était mon guide : « C’est un autre film… celui qui parlera des artistes, des photographes, des musiciens, des gens de théâtre et des autres formes d’art qui sont au centre du drame... »

Après avoir mis sa femme et ses enfants à l’abri, car leur appartement avait été pris d’assaut par les snipers, il avait trouvé refuge dans son bureau de l’école des Beaux-arts. Là, il recueillait les éclats de verres et, avec des moyens de fortune, il créait des stalagmites …. et il a poursuivi. Il participait aussi à diverses expositions avec ses collègues, d’autres artistes, des musiciens dans des lieux improvisés, où les gens venaient malgré le danger des obus et des tirs. Il est décédé en 2015.

Pourquoi faisait-il tout ça?…

Peut-être pour se rappeler qu’il était vivant.

Pour préserver sa dignité et celles des autres humains.

Parce qu’il croyait que l’art et que l’artiste nous rappellent de préserver un visage humain…

Et je crois que nous ne devons pas perdre cela de vue :

Quel est le rôle de l’artiste?

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Paris : les jours se suivent…

Toulouse, le 14 novembre 2015

Après avoir vécu de grands moments de festivités aux Étoiles de la SCAM,  une semaine plus tard, la nouvelle tombe sur mon portable… Attentats à Paris!!!

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Rue Legouvé, Paris 10e © Helen Doyle 2015

Je venais à peine de quitter le quartier où j’ai l’habitude de résider, le 10e arrondissement, à Paris, celui du Canal Saint-Martin, que je retrouve toujours avant tant d’émotions et que je photographie sous tous ses angles.

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Nuit sur le Canal Saint-Martin © Helen Doyle 2015

Après quelques jours à Cahors, j’arrive à Toulouse qui rougeoie, comme si la ville voulait s’accorder avec les événements de la Ville-Lumière… Moment de contemplation.

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Crépuscule sur la Garonne à Toulouse © Helen Doyle 2015

Sur la grande Place du Capitole, on se recueille un moment…

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Paris à Toulouse © Helen Doyle 2015

Alors resurgit dans ma tête cette histoire, qui se passe dans le Caucase. C’est la belle Tamara qui me l’a racontée : « Après avoir ordonné le massacre de la population, le sanguinaire Genghis Kahn demande à ses troupes : « Est-ce que les femmes se lamentaient? Est-ce que les enfants pleuraient ? »  Les soldats répondirent : « On les a entendu chanter et danser. » Alors, Genghis Kahn dit : « Tant qu’ils chanteront et danseront, on ne pourra les vaincre… » »

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Albi – De la fenêtre du musée Toulouse-Lautrec © Helen Doyle 2015

C’est dans les paysages d’Albi que j’ai pu trouver un moment de calme et la distance nécessaires à l’interrogation et à la réflexion… avant de poursuivre cette vie ô combien fragile.

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Une Étoile de la SCAM… au Forum des images

Il y a une semaine, je présentais Dans un océan d’images en agréable compagnie, aux Dames du doc, une heureuse initiative des RÉ (Réalisatrices Équitables), qui proposent chaque mois une rencontre avec une cinéaste documentariste. Et en prime, mieux que le pop-corn, des Grilled-cheese au fer à repasser, comme le fait Johnny Depp dans Benny and Joon! Mais au ciné-club, c’est encore mieux : on les sert avec oignons caramélisés au balsamique avec une goutte de sirop d’érable, de la roquette et des tranches de pommes. À ne pas manquer : la prochaine présentation en décembre.

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Pour mes chères et chers complices qui ont accepté de partager leurs histoires avec nous, ces quelques commentaires…

« Le film reçoit à chaque fois de très bons commentaires et les spectateurs sont bouleversés par la qualité exceptionnelle de votre travail /oeuvre. Et les questions percutantes et pertinentes (même impertinentes) qu’ils suggèrent, suscitent toujours une réflexion sur l’image. Et au-delà de votre très grande humanité, c’est toujours ça qu’on souligne : la rencontre de beaux humains. »

Je remercie encore chacune et chacun de vous pour votre témoignage et je salue l’accompagnement d’InformAction et de l’équipe avec qui, comme on dit, «la mayonnaise a pogné»; tout cela compose une trame solide, mais invisible, qui tisse et tient un film ensemble.

On a commencé à Dieppe avec Bertrand Carrière…

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Océan d’images. Photo : Nicole Giguère © InformAction

On a fini le montage dans l’eau avec Letizia Bataglia à Palerme, en face de l’Île des Femmes.

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Océan d’images. Photo : Nicole Giguère © InformAction

Et voilà que dans quelques jours, nous serons au firmament, avec une des Étoiles de la Scam. Alors je lance cette invitation à ceux et à celles qui seront à Paris le 7 novembre.

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Présentation unique

Festival des Étoiles de la SCAM

le 7 novembre 2015 à19h30

Forum des images à Paris

Il me fera plaisir d’échanger avec vous après la projection!

L’entrée est libre. Toutefois, pour plus de fluidité, nous invitons les spectateurs à réserver leur «Pass Festival des Etoiles 2015» (gratuit) dès le 25 octobre sur le site du Forum des images :

Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/939131922803348/

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Regarder… La liberté de voir

Nous avions eu un bien joyeux  lancement en juin, à Longueuil, de La liberté de voir. Il y a eu ensuite la leçon de cinéma à la Cinémathèque québécoise animée par Roger Bourdeau – qui a dirigé la publication. Mais ce lancement à Québec, le vendredi 18 septembre, de La liberté de voir m’a profondément émue et chamboulée…

J’ai débuté mon travail de réalisatrice dans cette ville. Cette liberté de voir, j’en ai mesuré le poids déjà avec Hélène et Nicole, avec qui j’ai fondé Vidéo Femmes… Mais aussi avec les autres filles qui se sont jointes à nous : Michèle et Madeleine, Johanne, Linda, Lise et Nathalie… comme bien d’autres femmes et d’autres organismes féministes, des alliées comme Les Folles du même nom (Jocelyne, Lucie, Hélène, Agnès, Christine…), et Marie,  Micheline, Louise…

Le lancement, dans le cadre du Festival de cinéma de la ville de Québec, dans ce bar du Carré d’Youville, situé à quelques pâtés de maisons de là où nous avions débuté est venu ravivé des souvenirs. De revoir des têtes de personnes avec qui j’avais partagé tant de moments intenses a teinté d’une manière toute particulière cette chaude soirée. En plus, il y avait aussi les proches, la famille, des personnes avec qui je suis amie depuis tant de lunes mais que je vois trop rarement.

Et il  y avait ces trois jeunes femmes qui rêvent de faire des vues… pleines de ferveur et qui me rappellaient trois autres femmes qui, en 1973, étaient, ma foi, un peu inconscientes… et remplies de rêves… « Catch your dreams before they slip away », chantaient les Rolling Stones. On les a bien attrapés, nos rêves, avec nos filets à papillons (ou capteurs de rêve), et produits, et réalisés,  diffusés; nous avons engagé des débats, organisé des visionnements : bars, cafés, sous-sols d’école, groupes syndicaux et près de dix ans de festivals! Que de moments fous et nécessaires!

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Ce titre est magnifique, mais cette liberté de voir est de plus en plus difficile à préserver…

Avec Hélène Roy, Nicole Giguère et Hèlène Bourgault, on a fait un tour du côté de la pièce La nef des sorcières, des monologues écrits par des écrivaines et joués par des comédiennes. Ces femmes, ces artistes brisaient les tabous… Luce Guilbault, cette merveilleuse comédienne, avait eu l’idée de ce projet que nous avons filmé et qui est devenu Une nef et ses sorcières. Je me rends compte aujourd’hui (merci à Fabrice Montal qui l’a souligné) du rôle fondamental qu’à joué la fréquentation de ces «sorcières» dans mon travail. Et je suis heureuse qu’on ait pu ajouter, dans la liste de mes DVD (inclus dans le livre), le tournage intégral d’une séquence que nous avons appelé Le monologue de Luce, un moment  de pure beauté, sinon cinématographique, du moins celle de la prise de parole d’une femme remarquable. Cela m’a donné le courage de parler du viol avec Hélène Bourgault pour Chaperons Rouges.

Plus tard, en tandem avec Nicole Giguère, nous avons abordé la dépression des femmes avec C’est pas le pays des merveilles, encouragées par Fernand Dansereau qui prônait l’audace…

L’audace : celle de continuer à aborder des thèmes interdits, mais aussi de poser la question de la forme cinématographique, de l’écriture…

Quelle est la place des femmes dans ce monde des médias?, nous sommes-nous demandé lors de la fondation de Vidéo Femmes. Avons-nous des choses différentes à dire ? Y a-t-il une écriture des femmes, une spécificité féminine? Comment prendre la parole, comment la donner, comment la faire connaitre?

On me répond souvent : mais y a pas de problèmes! Y a PUS de problèmes!… Vous croyez?… Moi je pense qu’on n’a malheureusement pas fini ! Peut-être faut-il trouver de nouvelles manières…

Quel est le rôle de l’artiste dans nos sociétés?

Quel est le rôle de l’art, de la culture?…

Je suis de plus en plus inquiète de ce qu’on attend de nous…

Et j’ai rempilé avec Les Maux/mots du silence… parcours de plusieurs années, en posant cette seule question : Femme – Création – Folie ?

J’ai beaucoup appris au cours de ces années sur la condition des femmes et de notre «liberté».

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Méduse, Québec la nuit © Helen Doyle

Ma quête devait se poursuivre… jusqu’à laisser Vidéo Femmes pour Les Tatouages de la mémoire.

La poésie en images, c’est possible ça, avec des danseurs argentins et la notion d’exil.

Puis en abordant la danse dans l’espace avec le trapèze …pour rapidement retomber sur le plancher des vaches : les budgets sont bien limités alors qu’on Rêve de voler

On se dit qu’on sera ingénieux avec l’équipe et les trapézistes. N’est-ce pas la marque de notre peuple d’être ingénieux? Et chaque fois, on réussit… sans trop se casser la gueule.

Et toujours… stimulée par le cinéma de réalisatrices, de vidéastes que nous découvrons pendant notre propre festival ou celui de Créteil…

Varda – la grande Agnès (à qui on vient de remettre une palme à Cannes pour l’ensemble de son œuvre, comme on dit) – n’a plus de secret pour moi.

Les films des pays nordiques époustouflants et ceux des réalisatrices allemandes – comme (mon amie) Helma Sanders-Brahms – me marqueront à jamais…

Toujours, je propose des nouveaux projets et je me dis, une fois de plus : on fera avec…

Mais toujours, cette liberté, on y tient! Pour poser un regard critique et une écriture en harmonie avec le sujet sur notre société : Je t’aime gros, gros, gros et Petites histoires à se mettre en bouche… Dieu merci! il y a les équipes et les rendez-vous avec les complices et les artisans comme Michèle Pérusse, une de nos premières recrues à Vidéo Femmes, qui n’arrête pas de dire qu’un jour, elle fera une thèse sur la Femme-oiseau et la Femme-coco dans mon œuvre!…

Et puis il y a toutes ces belles personnes dont on fait la rencontre, le temps d’un film.

Et d’autres pour le reste de note vie…

On croise des femmes remarquables comme Nicole Stéphane, Noemia Delgado, Cecilia Mangini… Des hommes aussi… Louis Jammes, Nigel Osborne et tant d’autres compagnons de route qui eux aussi cheminent…

En Bosnie, ce directeur de l’école de musique me confie avec fierté que tous les jours, durant le siège, ils ont ouvert l’école et donné des cours… En serions-nous capable?…

Mais le jour où il a réalisé qu’il n’y avait plus d’oiseaux à Sarajevo, il a eu peur.

«Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde; on peut le faire près de chez-soi», dira Susan Sontag…

«Ici vive des gens!» C’est à peine croyable : à travers les décombres, avec la peur au ventre, ils veulent danser, chanter; ils veulent s’aimer et faire des enfants…

Comment rendre compte de cela?… Et rester fidèle, alors que tout est fait pour qu’on se conforme, pour qu’on parle à la mode, qu’on ne questionne pas trop ou pour que, si on conteste, nous soyons dans le courant…

Mais ce rôle est de plus en plus difficile à accomplir!

Comment préserver sa liberté de penser, d’agir?…

Plus tard, avec Les messagers, j’ai aussi su que pour préserver ce regard, il faut être engagée dégagée

Si j’ai été attirée par Sarajevo, c’est que j’ai pu, de visu, saisir en profondeur le rôle que peut jouer l’art, la culture…

Pas l’art marchand, l’art de pacotille, l’art pour faire la cote ou pour plaire et distraire. Non! L’art qui, dans l’urgence de la dignité l’art, permet de préserver notre humanité…

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Spira la nuit © Helen Doyle

Plus récemment, avec Dans un océan d’images j’ai vu le tumulte du monde, en compagnie des rapporteurs d’images, je me suis redemandé quelle est la différence entre voir et regarder?…

Comme préserver la capacité de rêver? L’impossible rêve…

Comment continuer, oser? Comment garder le regard aiguisé sans tomber dans les compromissions sans fin?

Comment ne pas s’égarer dans les méandres des modes et des réseaux sociaux?… Le web est formidable, mais c’est aussi une toile d’araignée ; alors comment ne pas s’y perdre, s’y prendre?

Sinon en étant vigilant… en se questionnant et, je dirais, en prenant aussi le temps de réfléchir, de penser, de sentir… C’est un luxe… oui. C’est surtout un devoir!

Nous sommes dans ce mode du prendre et jeter, dans la rapidité et l’immédiat. Nous devons fabriquer des objets de consommation… qu’on appelle de l’art et qui sont diffusés avec des objets qui polluent la planète.

Consommer : le nouveau fascisme déjà dénoncé par Pasolini dans les années 70…

L’art est-il juste un objet de consommation, un produit?

Ou quelque chose d’autre… qu’il faudra défendre?…

Créer revient de plus en plus à participer à la consommation, à la marchandisation d’un produit; à créer un OUMFFF, à faire le BUZZ, à répondre à la goinfrerie sans fin des médias sociaux…

Un reflet de notre société qui achète, prend et jette, parfois même sans aucun désir de posséder…

Alors que nous, nous voulons toucher… sans tomber dans les grands violons et l’angélisme!

Nous voulons susciter la réflexion, la controverse même, sans tomber dans le sensationnalisme et le jaunisme!

Nous voulons ne pas avoir peur d’être à contre-courant des modes et des diktats!

Nous voulons ne pas tomber dans la provoc pour la provocation!

Alors la question se pose : qu’est que la liberté de voir, aujourd’hui ? Comment la préserver, la garder vivante et diversifiée, et non pas moulée sur un seul modèle, …

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Variations dorées © Helen Doyle

Comment être un électron libre? Comment insuffler, persévérer?… Oser encore et encore le documentaire …et ses différentes écritures? Oser emprunter le chemin qui n’est pas tout tracé, codifié. Est-ce encore possible ?… Je me le demande, en abordant Au pays du grand ciel dansent les oies sauvages.  Je suis inquiète de la suite de mon projet Sur les traces de Pasolini, qui ne me laisse pas en paix… de L’Artiste dans son for intérieur, que je souhaite terminer en beauté avec tout ce que cela exige de vouloir raffiner un projet. Tant d’idées dansent dans ma tête et c’est dans des moments aussi riches d’échanges malheureusement trop brefs, comme ceux vécus lors de ces événements. que je puise la force de poursuivre…

Comme vous le voyez – et c’est là l’essentiel de mon métier, de mon travail – je pose beaucoup plus de questions que je n’apporte de réponses!…

J’espère que ce document est seulement une étape… En rencontrant des personnes comme Cecilia Mangini ou Agnès Varda, que je vois, à 85 ans, encore en train de regarder et de VOIR librement, je me dis que ça doit n’être que le premier chapitre…

C’est pourquoi je salue ici le travail des femmes réalisatrices qui, à travers le monde, tentent, osent cette aventure.  Je souhaite bonne route à la relève. Je repense à ces trois jeunes femmes venues me parler vendredi soir, à Québec, les yeux allumés et pleins de curiosité sur le cinéma des femmes… De futures cinéastes!

«Ne vous mariez pas les filles; faite plutôt du cinéma!

Restez pucelle chez votre papa;

Élevez des chiens… 

Cette chanson de Boris Vian interprété par Pauline Julien, nous l’avions utilisée, Nicole et moi, pour un reportage sur le Salon de la femme, qui n’était pas autre chose qu’un salon pour vendre des marmites et des produits de beauté. C’était le 8 mars 1975 et nous nous étions baladées avec notre micro en posant des question sur la liberté que demandaient les femmes. Un monsieur arborant une belle moustache nous avait répondu qu’avec la «râpe magique», elles gagneraient du temps et qu’ensuite, elles seraient plus libres pour aller magasiner.

Ce vidéo nous l’avions tourné en une journée, monté dans la soirée et le lendemain, notre «Philosophie de boudoir» – un regard critique sur le Salon de la femme – était en ondes à notre télévision communautaire.

Je salue mes camarades qui ont passé à Vidéo Femmes; les femmes des Éditions du Remue-ménage et mes consœurs des Réalisatrices équitables (RÉ)…

Merci à Spira, en particulier à Catherine Thériault, et à toutes les personnes présentes et qui m’ont manifesté leur appréciation à l’occasion de ces lancements.

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